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Cap vert - Mindelo


de Géraldine, 18-03-2008

La pleine mer pendant 15 jours.


C'est une fois les dernières lumières du Cap vert évanouies dans l'obscurité, que nous nous sommes enfin penchés sur le devenir de notre navigation. La mer que nous retrouvions était pleine de mystères. Notre premier quart, composé de Clément, christophe et moi ouvrait vers une longue route, avec cette étrange atmosphère d'un calme revenu et s'approfondissant, laissant errer de moins en moins nombreuses, les âmes du bateau s'engourdissant.
Après ce quart toutefois fatiguant et une journée de folie passée, une "jolie" randonnée avec un dénivellé positif de 1500 mètres (...), c'est épuisée que j'ai regagné à 3h du matin ma bannette hamac, pour m'endormir quelques instants après avoir ressenti le mouvement du bateau sur l'eau qui allait me bercé pour plusieurs jours sans discontinuer.
Quatre jours à terre auront suffit pour me faire perdre mon acclimatation à la mer; dès ce premier jour, une petite expédition anodine aux toilettes me barbouillera pour le reste de la journée, que j'ai passé à dormir et récupérer de cette escale intense, que celle du Cap vert.
Mercredi 19 sera le jour où nous verrons notre premier mammifère marin de la traversée: un cachalot avec le bout du "nez" carré. Intrigant et inespéré! Dès lors que quelqu'un signalait un animal en vue, je me précipitais dans les enflêchures* du bateau pour prendre de la hauteur et me permettre de mieux apprécier la vue de l'animal. Mon âme d'enfant était réssucitée!
La grandeur de la traversée augmentait notre "mollesse" de jour en jour. Nous laissant bercés au gré des flots, sans de grosses obligations dans la journée, nous lézardions sur le pont le plus clair de notre temps. Les hommes étaient torses nus, la chaleur était désormais omniprésente, tous nus pieds (ou presque, ce qui est fortement déconseillé sur un bateau),les peaux se dévoilaient au soleil timidement à mesure que le temps passait pour finalement ressembler à cette ambiance typique des "pirates", des gens mal fagotés, les cheveux densifiés et fatigué par les embruns et un soin plus sommaire qu'à terre, des vêtement sales pour lesquels nous n'accordions plus d'importance, toutes nos réalités terrestres étaient dépassées par la simplicité de la vie à "l'essentielle", et nous étions heureux, détendus. Il y avait ceux qui jouaient au cartes, ceux qui écoutaient de la musique, ceux qui lisaient, et ceux qui, comme xixi, ne pouvaient pas rester sans en emmerder un sur son passage, comme si il nous rappelait de ne pas nous endormir et de profiter, d'être "à fond". Et, pour la plupart d'entre nous, des ateliers de gourmands se mettaient en place de plus en plus régulièrement, dans la journée, pour faire une pause "goûter" tous ensemble, pendant les quarts, pour, peut-être inconsciemment, s'imaginer être le Capitaine Fringale à la barre de son navire, navigant sur les flôts sans foi, ni loi, tel le plus digne des pirates!
Je suis passée en quart de 3h à 6h et le jour s'y lève désormais. Il se lève plein arrière du bateau, et nous pousse de sa force dans le bon sens, vers les Antilles.
Ce sera le jeudi 20 mars qu'il nous arrivera quelque chose de très étrange: en plein quart de jour, on s'apercoit qu'il y a un truc qui flotte àl'horizon, un truc assez gros car il est vraiment loin du bateau. En quelques instants, les pires idées nous passent par la tête, il faut dérouter pour aller voir, disons, au pire, pour porter secours! Et tout ce temps suspendu jusqu'à l'approche de cette barque, malmenée par les flots...Il y a quelque chose dedans, on ne distingue pas très bien...quelque chose est bâché... finalement, il n'y aura rien d'autre que 2 beaux moteurs neufs, de l'essence et des sacs plastiques, remplis de pain et quelques autres vivre d'appoint. Conclusion, une barque de clandestins abandonnée au triste sort de l'errance sur l'eau. Eux? ils ont dû être récupérés par un autre bateau en cours de route...mystère. En tout cas, on n'a pas lésignés sur les moyens, l'annexe a été mise à l'eau, c'était même impressionnant, car de drôles de poissons, curieux et qui n'avaient jamais dû rencontrer d'âme humaine auparavant, étaient venus près des deux embarcations pour voir ce qui se passait. Elles ont même suivi l'annexe:c'étaient des daurades coriphènes,magnifique!
Après cet épisode, nous avons repris le cours de notre navigation sans plus jamais croiser quoique se soit durant la traversée.
Vendredi 21, la mer est très calme, le vent est très faible, la vitesse est descendue en dessous de 5 noeuds, on a remis le moteur! Peut-être nos dieux ont entendus que nous voulions faire une "full moon" sur le pont, pour honorer la magie de vivre une pleine lune en pleine mer. Conditions parfaites pour mettre la musique sur le pont et danser.
Les jours qui ont suivi, malade, je me suis réfugiée dans ma bannette pour récupérer d'un rhume ne guérissant pas (faute de lieux de vie sans courants d'air); je ne manquerais pourtant pas, pendant un quart de midi, de vivre un moment que je ne suis pas prête d'oublier: vivre la danse d'un rorqual blanc!
C'est, toujours par hasrd, que mes yeux se sont posés sur l'échine de l'eau à l'endroit même où va apparaître "un aileron". oh! Alors, je bascule du côté tribord, côté de l'apparition. Et non, il réapparait de l'autre côté, coté babord.Et la danse, va durer comme ça pendant une dizaine de minutes. Il faisait un huit dans l'eau: piquant du nez à la poupe tribord, il passait sous le bateau, prenait du recul dans son sillon et revenait à babord filant sous l'eau bien à vue, pour piquer du nez à la poupe babord et recommencer, par tribord et ainsi de suite. Rapidement il était possible d'anticiper ses apparitions et on passait de droite et de gauche dans la passerelle pour le voir, l'admirer jusqu'à, ce moment magique, que je devais sentir, où il s'est rapproché bien plus de la coque, plus lentement, plus visiblement, jusqu'à exactement ma hauteur et se tourner gentillement sur le dos pour montrer son ventre blanc et saluer de sa nageoire, comme un dernier "au revoir". Et, en effet, il n'est plus jamais réapparu et je savais intimement qu'ils nous avait saluer pour reprendre sa route à lui. Ce moment était tellement beau, fort en vibration, que mes yeux étaient embués de larmes de joie transcendantales. Cela peut paraître ridicule vu de l'extérieur, pour moi, c'était sublimement divin. La vraie force de la nature, un retour à la source de la vie!
Notre vie était rythmée des quarts de navigation, des tâches ménagères, de la pêche, de la douceur de vivre...quelques Daurades Coryphènes ont fais le bonheur de quelques repas, comme un Thazard ou des Bonites. Les poissons volants tombaient fréquemment sur le pont. On n'en n'a jamais mangé, pourtant, il parait que c'est bon.
Dans les derniers jours de navigation, des grains se sont levés et ont démontés la mer pendant quelques jours.En pleine nuit, de grosses bourasques se levaient sans prévenir et nous a plus d'une fois surpris dans notre sommeil. La force de l'élément me fascinait et me remplissait d'énergie qui me donnait l'impression de pouvoir soulever des montagnes. On a même déchiré la Fortune, qui était alors, inutilisable.
La vie a ainsi filé au rythme tranquille de l'eau, le bateau avancait grosso modo à la vitesse d'un vélo, forcément, il est plus facile de s'acclimater à ces nouvelles latitudes, nous qui avions quitté la france en plein hiver!
La fin de notre vie maritime s'acheva, le dimanche 30 mars à 7/8h du matin dès lors que le Martinique a pointé le bout de son nez à l'horizon. Ces derniers instant de navigation ont été sublimés par le passage du Bel espoir entre le Rocher du Diamand et Le Mont Larcher. Perplexe, on regardait la terre et au fond de nous je suis sûre, tous on ne voulait pas descendre du bateau. A ce moment là on m'aurait proposé de ne pas toucher terre et de retourner voguer dans ces eaux claires, infiniment oui, j'aurais répondu. Un peu comme Moitessier qui n'acheva pas son tour du monde sans escale et qui fila droit sur l'océan indien, ne pouvant se résoudre à retourner dans une vie dont il se sentait tant étranger, après tout ce temps passé en mer. Belle destinée!

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